LES MERCENAIRES DE L'OPINION
Quel est en réalité le rôle du journal dans notre société contemporaine ? Robert Desnos parle à ce sujet de « misère dorée » et de son « inutile utilité » :
« Le journalisme actuel n'est qu'un duel entre les partisans de l'opinion individuelle et les partisans de la publicité, duel où les premiers sont nécessairement vaincus par les seconds. »Lecteur ! Prends garde ! La pub de la page 24 de ton magazine préféré faisant la promotion de tel forfait mobile illimité ou de telle maison de disque, influence l'édito de première page aussi sûrement que les fonds secrets de certains partis politiques !
Un journal s'écrit-il avec de l'encre ?Peut-être. Mais il s'écrit surtout avec du pétrôle, des parfums (François Pinault : Le Point), des avions (Serge Dassault : Le Figaro, L'Express), des banques (Edouard de Rothschild : Libération)... quand il ne s'écrit pas avec du sang ! Je citerai ici Arnaud Lagardère (Elle, Paris Match, Télé 7 jours, Le Journal Du Dimanche, Europe 1, Virgin Radio, RFM, Virgin 17, Gulli, Canal J, MCM...) : « C'est quoi l'indépendance en matière de presse ? Du pipeau. Avant de savoir s'ils sont indépendants, les journalistes feraient mieux de savoir si leur journal est pérenne. » (Cité par Thierry Gadault, Arnaud Lagardère, l'insolent, Maren Sell éditeurs, Paris, 2006, p. 204).
Toute la rédaction du magazine Trax vient de démissionner, à la suite de son rédacteur en chef, pour protester contre les techniques néo-berlusconiennes imposées par le directeur de la publication du magazine Technikart, propriétaire de Trax depuis 2 ans. Grazia est-il le seul espoir du journalisme musical ?
Le journal est un ogre qui tue ceux grâce auquel il vit. Chacun prend sa subsistance où il peut. Le magazine la prend partout. Il bouffe aussi bien l'or que la merde. L'imprimeur peut se défendre : si on ne le paye pas, il ne travaille pas, et le magazine ne parait pas. Il n'en va pas de même avec l'écrivain. S'il refuse de travailler, quatre agences feront son travail assistées de plus de tireurs à la lignes bénévoles que n'en peuvent contenir les salles de rédaction. Les budgets alloués au fond baissent, on fait des "cuts" sur la forme, le nombre de pub augmente mais rien n'y fait.
Combien sont aujourd'hui les journalistes qui peuvent se vanter d'avoir pu toujours exprimer librement et totalement son opinion ? Le journaliste est contraint de signer des papiers dont il n'est pas toujours fier... et qui la plupart du temps ont été soumis au pouvoir des ciseaux d'un secrétaire de rédaction obligé lui-même d'obéir à un directeur soumis lui-même à des commanditaires ou agents de publicité.
Car le métier d'imprimeur s'apprend.
Le métier de journaliste tombe à la portée du premier flic venu. Et s'ils arrêtent le travail, Monsieur de Rohan-Chabot n'a qu'a déléguer sa brigade d' « inspecteurs à tout faire ».
Faut-il que le rédacteur se considère comme une machine à écrire des articles sur n'importe quel sujet ? Se retrouvant ainsi à la botte de n'importe quel parfumeur milliardaire qui désir se payer un canard ?Le refuge du blog est une illusion. Les textes ne sont qu'une contrainte à survoler pour atteindre les liens de téléchargement gratuits... Et aucun blog "indépendant" qui n'aurait pas les même appuis ou les même contraintes qu'un journal papier traditionnel, ne pourrait avoir autant de lecteurs. Une liberté totale d'écriture mais personne pour lire ?