Je sors à l'instant du cube dans lequel mon ami Artus est enfermé depuis 11 jours. Au détour d'une boutique je shoot dans un carton : « -Qui est là ? -C'est Antoine. » La conversation s'engage, on entend mal, la voix est lointaine et faible. Je trouve la "porte", il m'invite à entrer, je m'installe tant bien que mal en refermant derrière moi. 50cm de hauteur de plafond, 2m² au plus, et il fait 50°...Il est bavard, plus encore que d'habitude ! Il a vraiment besoin d'accélérer le temps. Rapidement les sons extérieurs prennent des proportions invivables. J'ose à peine imagine ce que ça doit être pour lui. « -C'est quoi ce bruit ? -Rien, des gens qui prennent des tee-shirts au dessus... -Et la musique là ? -Ça c'est vraiment le plus dur... ». Je n'ai passé qu'une dizaine de minutes la dedans. Malgré mon amitié pour Artus et l'intérêt que je porte à cette expérience que je suis sur son blog, je ne pensais plus qu'à sortir.
Ma sortie fit des émules auprès des clients : « Mec c'est là que tu fais ta pause ? », un autre : « ouai là c'est la crise... ». La plupart choisissent leur nouveau tee-shirt et ne sauront jamais que quelqu'un vivait là. Quant à ceux qui travaillent autour, l'odeur commence à les gêner. Artus ne se lavera, changera, rasera, qu'à sa sortie au bout de 15 jours.
L'artiste sans cesse poussé "à se confronter au monde du mercantilisme sans lequel son existence sociale n’aurait aucun sens". Il n'a la nuit qu'une machine à écrire pour communiquer avec le monde extérieur. Il est là, quelque-part, cherchez-le.
"Deux semaines sans technologie. Ni téléphone portable, ni ordinateur. Un costume blanc qui se salit au fur et à mesure du temps qui passe. Des chaussures probablement offertes par une grande marque (ndlr : Vans !). L’artiste qui dort dans un grand magasin pour signifier son appartenance et se qui le lie au consumérisme. Comment échapper au monde moderne… Qu’en sortir ? Comment être artiste et vivre la consommation quand l’œuvre elle-même est un bien qui se vend, s’achète, se possède ? Vivre dans un rayonnage de grand magasin, comme on vit cacher dans le monde… "
Ce qu’il veut dire, ses amis de l’Art Posthume ne le savent que trop bien. Peut-être ont-ils pensé qu’il fallait remettre les choses à leurs places. Location d’un camion, direction Citadium. Deux hommes et une femme vêtus de blanc (ElinLejelind, Daniele Tedeschi et Calixte Moisan) ont soulevé la fameuse boite en carton. Artus était bien là en train de dormir, dans son costume, à côté de ses textes, et un monticule de poubelles et de journaux à ses pieds. Maintenu de force et ligoté, il a été transporté dans le camion, avec son matelas et sa boite, sous le regard ahuri de la foule des grands magasins du samedi. Tout était là: un homme vivait caché en clochard dans un espace dans lequel on ne pourrait soupçonner sa présence et sur lequel étaient vendus des tee-shirts. Quelques instants plus tard, on le déposait sur les marches du Grand Palais, à la FIAC. D’autres spectateurs, amusés, semblaient trouver plus de sens à tout cela. Mais les services de sécurité n’ont pas tardé à suggérer que la “performance” soit déplacée près de la station de métro… Artus a été ramené à Citadium sans qu’il lui soit jamais demandé son avis. Il continue à écrire.


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Damn...
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